Christophe Claro

(conférence du 14 octobre 2009)
La norme/ l’énorme. De la contrainte à l’excès

Quelque part on a dit qu’il a déjà créé « un label de qualité et d’exigence ». Reconnu pour ses choix risqués et pour son goût pour les genres et les thématiques hors norme — il vient notamment de traduire un roman en vers de Vikram Seth, Golden Gate —, pour lui, les contraintes, loin de bloquer l’aboutissement d’un projet de traduction, sont « génératrices de liberté [et] permettent au texte étranger de revivre pleinement dans une langue d’accueil ». Claro aime, donc, les projets titanesques et les textes dits intraduisibles, mais tout en restant humble, ou honnête, ou réaliste, ou peut-être timide, se dit incapable de traduire Infinite Jest de David Foster Wallace, le même Wallace qui a pu proposer un livre d’essais vertueux, plein de considérations sur les homards.
Il a participé de plusieurs façons, soit en publiant, soit en traduisant, à différents projets indépendants. Un de ses romans, Livre XIX, fut le deuxième titre publié par les récemment rachetées Éditions Verticales. Attiré par les polars américains, il en a traduit plus d’une dizaine ; entre autres, il a traduit Jack Cannon (de son vrai nom Nelson Richard DeMille) et Sandra Scoppettone, super ventes aux États-Unis et à l’international. Mais il a traduit aussi Salman Rushdie, William H. Gras et Thomas Pychon, auteur fétiche du postmodernisme, dont Claro a emprunté un des titres pour le nom de la collection « Lot 49 », qu’il codirige avec Arnaud Hofmarcher.
Tel l’auteur chilien Roberto Bolaño, qui conseillait d’écrire plusieurs récits en même temps, notre invité sait, par plaisir, par méthodologie ou par nécessité éditoriale, que, parfois, on ne peut pas ne pas s’impliquer dans plusieurs traductions en même temps.
Il a, en outre, exposé son savoir-faire en tant que traducteur dans un livre intitulé, de même que son blog, Le clavier cannibale. De son titre on peut imaginer l’approche qu’il fait du métier du traducteur et soutenir ce que lui-même a dit : « C’est plus un labo dingo qu’un manuel. »
Vous pourrez le retrouver presque toutes les semaines sur son blog, là où j’ai trouvé, pour finir, une « réflexion profonde », à laquelle on pourrait facilement adhérer : « Si une grande marque devait sponsoriser les romanciers d’aujourd’hui, ce ne pourrait être que Lego. » Et, quelque part, ça se comprend : parce que, voyons, qui d’entre nous n’y a pas joué ? Peut-être alors un autre titre possible pour cette communication : « Traduction, entre écriture et montage ».

Noé Pérez-Núñez
(M2 Métiers du livre
2009-2010)

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