Guy Mordret

(conférences des 16 janvier et 6 mars 2009)

  • Informatique et édition : nouveaux outils, nouvelles pratiques
  • L’édition électronique : quel impact sur les métiers ?

Présentation :

Guy Mordret est un chef d’entreprise breton et élu local de 43 ans.
Après un doctorat en biologie cellulaire et moléculaire suivi au Canada, il revient en France pour travailler en tant que chercheur post-doc à la station biologique de Roscoff.
En 1995, faute d’être recruté dans la recherche publique, il envisage de créer sa propre entreprise dans le secteur de la communication scientifique et technique. Pour cela, il se forme au multimédia et à l’informatique.
Parallèlement, il travaille chez Cloître Imprimeur, où il crée le premier site Internet de l’entreprise.
C’est en 1998 qu’il lance son agence de communication scientifique : Anaximandre. Anaximandre propose de nombreux services, passant de la création de sites web à l’édition scientifique, mais aussi par la formation aux entreprises et aux collectivités locales.
Parallèlement à Anaximandre, Guy Mordret crée en 2004 un réseau associatif d’entrepreneurs bretons appelé Courants porteurs, qui a pour buts de développer le business à l’échelle régionale, mais aussi de faciliter les rencontres entre entrepreneurs bretons.
Guy Mordret attache un grande importance à la réussite économique de la Bretagne. Son engagement politique va dans ce sens également, en défendant l’idée que l’avenir du développement économique de notre région passe notamment par le développement des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans les communes rurales.
Durant la conférence d’aujourd’hui, Guy Mordret nous donnera son sentiment concernant les changements que connaissent le monde de l’édition et du livre en général, notamment la perspective du remplacement du livre papier par le livre électronique. Enfin, il nous proposera un état des lieux des outils informatiques disponibles pour le secteur de l’édition.

Entretien :

M2 Métiers du livre. – Quelle est votre formation initiale, quelles ont été vos premières expériences professionnelles ?

Guy Mordret. – Je suis docteur en biologie cellulaire et moléculaire. J’ai effectué une thèse sur le contrôle du cycle cellulaire, recherche fondamentale qui s’inscrit dans la recherche sur le cancer, thèse effectuée au Canada, à Vancouver, au Biomedical Research Center de l’université de Colombie-Britannique. J’ai occupé ensuite un poste de chercheur post-doc à la station biologique de Roscoff, sur le même sujet.
En 1995, faute d’être recruté dans la recherche publique, j’ai envisagé de créer mon entreprise dans le secteur de la communication scientifique et technique et donc entrepris de me former au multimédia et à l’informatique. J’ai acquis une double compétence concepteur multimédia en 1996, administrateur Unix et réseaux en 1997. J’ai travaillé parallèlement au sein de l’entreprise Cloître Imprimeurs à Saint-Thonan, où j’ai créé leur premier site Internet.
En 1998, j’ai créé Anaximandre, une des premières agences de communication scientifique en France.

M2 MdL. – Qu’est-ce qui a guidé votre parcours professionnel jusqu’à aujourd’hui, pour vous amener à vos responsabilités au sein d’Anaximandre et Courants porteurs ?

G.M. – J’ai toujours considéré que la formation universitaire vous préparait bien à l’adaptation à de nouvelles situations et donc à de nouveaux métiers. Et mon esprit scientifique m’a aidé dans la gestion rigoureuse d’une entreprise et dans les décisions à prendre rapidement et de la façon la plus appropriée.
Mon expérience de la recherche, en tout cas l’esprit de la démarche scientifique, m’a toujours incité à rechercher de nouvelles technologies, à aller de l’avant, à prospecter à l’international, à être perfectionniste d’une certaine manière (ce qui n’est pas toujours compatible avec la démarche économique).
Je suis un créateur d’entreprise, et c’est la création qui est le vecteur de ma démarche. La fondation de Courants porteurs s’inscrit aussi dans cette optique. Nous avons créé avec ma collègue Valérie Viel un réseau sur un créneau laissé vacant (réseau économique régional) qui nous ressemblait, c’est-à-dire avec des valeurs humanistes.

M2 MdL. – Quels sont les aspects de votre activité (notamment d’éditeur scientifique) qui prennent appui sur l’innovation et les nouvelles technologies ?

G.M. – Toutes nos activités reposent sur les TIC (technologies de l’information et de la communication), depuis la recherche d’information, la mise en relation, jusqu’à la conception en passant par le développement de solutions informatiques adéquates. On parle de « systèmes d’informations ».

M2 MdL. – Les métiers et fonctions de l’édition sont en plein essor grâce à l’outil informatique. Quels aspects de ces changements allez-vous aborder pendant cette conférence ?

G.M. – Je vais aborder les aspects techniques et culturels de ces changements, notamment la perspective d’avoir un jour des livres électroniques, sans papier. Je vais essayer de brosser un état des lieux des outils disponibles (langages, fichiers, outils de correction, systèmes d’information, le Web 2.0…) pour l’édition et les correcteurs et leur utilité et d’ouvrir vers de nouvelles technologies à venir.

M2 MdL. – La concentration des tâches sur un seul et même outil informatique présente-t-elle un risque pour la pérennité ou le développement des métiers du livre dits « traditionnels » ?

G.M. – Les outils changent mais pas la production des contenus de livres. La façon de présenter l’information peut être différente entre un livre et un site Internet ou un blog, mais les contenus sont générés encore par des être humains pensants et réfléchis (pas toujours) et pour encore longtemps. Il y a des projets de production de contenus à partir d’une intelligence collective mise en œuvre par des plateformes, mais ce n’est pas encore pour demain.
Par ailleurs, je pense que même si on utilise des livres électroniques dans le futur, qui se rechargent à volonté en fonction de choix d’auteurs ou de sujets, ils ressembleront à des livres traditionnels car l’objet livre a toujours une valeur sentimentale, tactile, olfactive et culturelle. Tenir un livre dans ses mains et l’emmener à la plage, au bistrot, lire dans son lit, dans le métro, dans le bus, a encore la résonance culturelle des siècles passés. Mais je me rends compte que je parle en amoureux des livres…
Le danger vient plutôt de la domination de l’image dans les TIC. Il est plus facile de regarder l’adaptation d’une œuvre littéraire à l’écran que de lire le vrai livre. L’image s’impose à nous, alors que la lecture suscite l’imagination…

M2 MdL. – Pourquoi un tel engagement de votre part dans l’activité bretonne ? Pensez-vous que les nouvelles technologies sont une opportunité de « décentralisation » des professions éditoriales ?

G.M. – Je suis très attaché à la culture bretonne parce que j’ai aussi vécu dans un pays biculturel et bilingue : le Canada. Dans de nombreux pays ou régions, les choix politiques, sociaux, économiques sont dictés par ce que j’appelle le syndrome de la théorie dominante (appelée aussi la pensée unique). Toutes les décisions et les choix sont faits en fonction du plus grand nombre, sans tenir compte des langues ou courants de pensées minoritaires, qui sont pourtant souvent très intéressants.
D’un point de vue économique, la Bretagne, en s’appuyant sur cette spécificité et identité culturelle, doit pouvoir se différencier et proposer autre chose. Je veux que ma région réussisse. C’est le sens de mes engagements.
Je suis également élu local, et je défends l’idée que, dans nos communes rurales, l’avenir du développement économique passe par l’attractivité pour des télétravailleurs, dont les professions éditoriales, par exemple. Le développement des TIC dans ces communes est donc primordial pour ne pas louper le coche de cette reconversion économique, sinon nous allons mourir (économiquement) comme des Indiens dans leur réserve. Nous avons un cadre de vie fabuleux, faisons-en un atout économique, une opportunité intelligente d’aménagement du territoire et de développement durable.

Texte de présentation et propos recueillis par :
Sophie Roué,
Mélanie Thomin,
Morgan Poulain

(M2 Métiers du livre 2008-2009)

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