Rose-Marie Vassallo

(conférence du 14 novembre 2008)
Le traducteur et le monde de l’édition

Rose-Marie Vassallo est traductrice littéraire professionnelle depuis une bonne trentaine d’années. Elle compte à son actif près de 350 ouvrages traduits (dont une centaine d’albums pour tout-petits). Elle fait partie de l’Association des traducteurs littéraires de France (ATLF). Mais la traduction est pour elle un long parcours de recherche permanente et enrichi d’expériences professionnelles.

Rose-Marie Vassallo est née en 1946 à Niort, dans le département des Deux-Sèvres. Après avoir eu son bac, elle quitte Niort pour des études commerciales dans une grande école parisienne (HEC – encore JF à l’époque ; elle voulait alors devenir rédactrice dans la publicité). Parallèlement, elle suit une formation de traducteur-interprète commercial de l’anglais au français à la Sorbonne, en 1966. Elle travaille en tant que traductrice littéraire depuis 1976, après avoir publié, en tant qu’auteur et sous pseudonyme, de petits livres pour enfants – dont certains sont aujourd’hui des « classiques », mais qui lui semblent appartenir à une vie antérieure.

Elle a beaucoup exercé dans le domaine de la jeunesse, en travaillant en tant que traductrice éditrice de livres en anglais (principalement des romans pour adolescents, et bon nombre d’albums) pour Flammarion. Aujourd’hui, elle est surtout connue pour sa traduction de la fameuse saga des Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire, parue chez Nathan Jeunesse. Elle écrit également des livres pour enfants, principalement des albums. Rose-Marie Vassallo a aussi traduit dans le domaine des sciences humaines et des essais philosophiques, ainsi que de la littérature générale (romans) et même dans le secteur du livre pratique ou plutôt de « non-fiction » (appellation qu’elle-même préfère) en traduisant des livres autour de l’art des jardins, de l’horticulture et de la botanique. C’est cette diversité de contenus qui, selon elle, lui a apporté une certaine vue d’ensemble de son métier. Elle n’a pas de prédilection pour des thèmes particuliers. Elle adopte seulement l’attitude du lecteur totalement ouvert à la découverte quand on lui propose des textes à traduire. C’est ce qui fait la richesse de son travail et de sa bibliographie.

Rose-Marie Vassallo affirme également que la pratique de sa profession s’est enrichie de la réflexion de ses confrères, notamment au fil d’échanges lors de colloques sur le thème de la traduction ainsi qu’auprès de ses collègues de l’ATLF et des Assises d’Arles (ATLAS). La formation de traducteur est permanente pour elle. Exigence, doute, prudence et audace s’entremêlent dans son travail et sont les principaux aspects de son métier.

C’est également pour cette raison qu’elle aide des étudiants à se former via des ateliers dans diverses formations spécialisées du type DESS ou master professionnel de traduction littéraire. Cela lui permet d’échanger des points de vue avec des regards neufs, ceux des étudiants, ainsi que de transmettre sa passion de traduire qui, selon elle, se définit comme « entraîner sa langue – rétive – dans les tréfonds d’une culture autre ».

Enjeux de la conférence

Plusieurs problématiques ont déjà été abordées par Rose-Marie Vassallo lors de divers colloques. Par exemple, celle de l’adaptation d’une traduction lorsqu’il s’agit d’un texte pour la jeunesse dans la conférence Mythes, traduction et création, la littérature de jeunesse en Europe, organisée en hommage à Marc Soriano au Salon du livre le 25 mars 1996. Rose- Marie Vassallo affirme que plus le matériau est simple plus il est délicat de traduire et de transposer (la question se pose notamment pour les noms propres qu’il faut transposer lorsqu’ils sont porteurs de sens).

Un article*, paru dans la revue Palimpsestes, analyse l’arrière-plan culturel dans la littérature pour enfants, quelles doivent être les implications de la relation traduction/culture ou, en d’autres termes, comment le traducteur doit-il ou peut-il gérer l’implicite culturel lors de son interprétation.

Lors de la conférence du 14 novembre, Rose-Marie Vassallo a évoqué les relations que le traducteur entretient avec les différents intervenants dans une maison d’édition : le propre travail de traducteur de transposition et d’interprétation, le bénéfice du travail de correction d’un lecteur et les dissensions qui peuvent exister avec les propres suggestions du traducteur, la recréation et la part d’autonomie qu’un traducteur peut avoir face à un texte qui n’est pas le sien éventuellement accentuée par l’absence de contacts avec l’auteur du texte original). Tout est question de dosage et de choix définitif en cohérence avec le texte et avec les décisions des autres intervenants de l’édition.

N’oublions pas non plus la prise en compte du lecteur : le traducteur transmet un texte, il s’agit pour lui d’amener le lecteur à faire le voyage entre deux langues, entre deux cultures et, pour cela, trouver le registre adéquat pour que le français fasse le plus justement passer la culture et la langue d’origines du texte. L’esprit d’évasion et de découverte est constant chez le traducteur. C’est ce qu’il doit transmettre à un lecteur.

Nous terminons cette présentation sur l’image du « fil à retordre » qu’évoque Rose-Marie Vassallo pour décrire son travail dans un article (toujours dans la revue Palimpsestes), où elle affirme que traduire c’est « surtout, de recréer le fil du texte dans sa continuité grâce aux relectures successives, si possible d’un seul tenant, jusqu’à ce qu’il ait repris vie, aussi puissant ou insaisissable que dans l’original ».

Élodie Ancenay,
Faïza Dejaeghere,
Pauline Guillet
(M2 Métiers du livre
2008-2009)

* Rose-Marie VASSALLO, « Une valentine pour le prof de maths ou l’arrière-plan culturel dans le livre pour enfants », in Palimpsestes n° 11 (Traduire la culture), 1998, Presses Sorbonne nouvelle.

Bibliographie succincte d’Anne-Marie Vassallo : bibliovassallo.pdf

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